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CA des sociétés d’État: place aux jeunes!

2016-06-10

Gouvernance

Ce matin, le journal La Presse nous informe que le gouvernement de la province de Québec veut forcer les sociétés d’État à faire une place aux jeunes sur les conseils d’administration (CA): http://plus.lapresse.ca/screens/829ecbd0-4b31-4ae7-a815-b22194c657c5%7C5PFpHJKmIVCq.html Il compte réserver un siège aux moins de 35 ans aux CA de plus d’une vingtaine d’organismes publics dont Loto-Québec, la Régie de l’assurance maladie du Québec et Investissement Québec. Un projet de loi serait déposé en ce sens à l’Assemblée nationale.

Pourquoi est-ce important d’avoir des jeunes sur les CA? Les CA sont vieillissants comme le démontre une récente étude de Spencer Stuart (Canadian Board Index, 2015) révèle que la moyenne d’âge sur les CA est de 63 ans et que l’âge moyen de la retraite est de 73 ans. Pour assurer le renouvellement de leurs membres, des CA d’entreprises imposent même des limites d’âge (par ex. : 72 ans pour l’entreprise GE) et de termes (entre 12 et 15 ans, Spencerstuart). Il est certes pertinent de recruter des membres avec une solide expérience et une maturité professionnelle. Néanmoins, vous connaissez certainement une avocate, une spécialiste en TI, un comptable ou un fiscaliste âgé(e) de moins de 35 ans, reconnu(e) dans son domaine de spécialisation et qui serait un(e) excellent(e) candidat(e) pour siéger sur un CA d’une organisation publique.

Attention: il ne faut pas placer des jeunes pour placer des jeunes. Il faut rechercher les compétences complémentaires requises

Vous avez assurément croisé dans vos entreprises des jeunes brillants, allumés qui apportent un point de vue rafraîchissant voir créatif à une problématique donnée. Vous voulez d’autres exemples concrets de gens visionnaires, qui alors qu’ils avaient moins de 35 ans et moins, ont eu un impact significatif dans le milieu des affaires :

Lise Watier a fondé son entreprise de produits cosmétiques alors qu’elle avait moins de 35 ans.
Mark Zuckerberg, avait moins de 25 ans lorsqu’il a lancé Facebook.

Pour les jeunes, le monde est un grand écosystème sans frontière. Ils sont citoyens du monde. Ils ont voyagé, parlent généralement plus d’une langue et ont souvent travaillé à l’étranger. Cette ouverture sur le monde constitue un atout indéniable pour le gouvernement et les entreprises.

La contribution des jeunes sur les CA apportera une vent de modernisme qui permettra de contribuer à l’amélioration de la gestion publique

L’homogénéité dans la composition d’un CA risque de le figer dans l’immobilisme et de scléroser les échanges. La diversité facilite l’interaction entre des gens de visions et de perspectives différentes. Elle génère une rétroaction permettant d’avancer dans le meilleur intérêt de l’organisation. Cette diversité permet également d’assurer une relève. Desjardins fait figure de proue en cette matière avec son programme Jeunes dirigeants de la relève permettant à des jeunes de 18 à 30 ans de siéger au CA d’une caisse et ainsi de représenter les membres de leur milieu et de contribuer à la performance de la caisse.

L’homogénéité d’un CA risque de le figer dans l’immobilisme et de scléroser les échanges

La contribution des jeunes sur les CA apportera une vent de modernisme qui permettra de contribuer à l’amélioration de la gestion des sociétés d’État en offrant un point de vue différent sur la gestion et les stratégies publiques et préparer une relève initiée à de telles responsabilités. Cependant, il ne faut pas placer des jeunes pour placer des jeunes. Le gouvernement doit vérifier les compétences complémentaires dont il a besoin sur les CA, définir des profils de compétences avant de procéder au recrutement.

L’appareil gouvernement est complexe et a souvent la flexibilité d’un éléphant en tutu

Certains sujets à l’ordre du jour des CA exigent des expertises que l’on retrouve généralement chez les plus jeunes comme la cybersécurité, les médias sociaux, la stratégie numérique. Or, les jeunes brillent par leur absence sur les CA des sociétés publiques et des entreprises.

Bien que la gouvernance ne rivalise pas de complexité avec l’astrophysique nucléaire, il faut inévitablement coacher et former les jeunes en gouvernance

Bien que la gouvernance ne rivalise pas de complexité avec l’astrophysique nucléaire, il faut inévitablement coacher et former les jeunes en gouvernance et sur la gestion publique. L’appareil gouvernement est complexe, sa structure est un véritable labyrinthe qui a souvent la flexibilité d’un éléphant en tutu. Le Collège des administrateurs de sociétés a formé plus de 600 jeunes depuis 5 ans. Il serait intéressant de constituer un programme de mentorat ou de coaching, bidirectionnel, entre des administrateurs plus jeunes et plus âgés.

Devant le vieillissement des CA, nous recommandons aux organisations de faire preuve d’ouverture pour le recrutement de jeunes sur les CA. Ils ont une perspective différente et disposent d’une expertise de pointe – notamment en technologie – et une ouverture sur le monde – pouvant apporter une valeur ajoutée au CA. Il faut sensibiliser et former les jeunes à la gouvernance pour développer des administrateurs compétents, ceux d’aujourd’hui et de demain. La proposition du gouvernement est assurément un pas dans la bonne direction.