MEC: la fin d’un rêve coopératif

MEC: la fin d'un rêve coopératif

La cour de la Colombie-Britannique a tranché: Mountain Equipment Coop sera vendue à des intérêts privés américains. Cette décision sonne le glas pour la plus grande coopérative canadienne de consommateurs qui laisse ses 5,3 millions de membres orphelins d’un rêve coopératif né il y a près de 50 ans. Échec commercial ou échec coopératif?

Pour Myriam Michaud, spécialiste de la gouvernance des entreprises coopératives, la réponse ne fait aucun doute : il s’agit d’une faillite commerciale et non pas l’indice du déclin du modèle coopératif. Pour elle, MEC n’a pas réussi à transformer son avantage coopératif en un avantage commercial ; un danger qui guette plusieurs coopératives qui misent sur l’expansion et la diversification de leurs activités tout en n’arrivant pas à maintenir un lien de proximité avec leurs membres.

Vendre une coopérative?

Une coopérative est une entreprise qui appartient à ses membres — qui en sont, à titre de propriétaires collectifs, les décideurs et les bénéficiaires. Aussi, la vente de MEC en laisse plus d’un perplexe ; la part d’un membre étant incessible.

Or, au terme de cette transaction, ce n’est pas « la coopérative » elle-même qui sera vendue, mais plutôt la totalité de ses actifs. MEC ne sera plus qu’une coquille vide : une coopérative sans opérations… mais toujours avec 5,3 millions de membres.

La transaction en cours ne peut toutefois pas en effet, à partir du moment où une coopérative insolvable se place sous sa protection, la LACC prévaut. Ce ne sont plus les membres qui en ont le contrôle, mais bien le tribunal et les créanciers.

 

Érosion des pratiques démocratiques

 En difficulté financière, MEC a consulté de nombreux bailleurs de fonds pour tenter de se restructurer. Elle n’a cependant pas jugé bon consulter ses membres ni sonder leur intérêt à « sauver » leur coopérative.

Pour Myriam Michaud, la décision unilatérale du CA, quoique surprenante dans un contexte coopératif, fait néanmoins suite à une lente détérioration des pratiques démocratiques de MEC au cours des dernières années.

On se souviendra du tollé soulevé en 2013 par la professionnalisation de son CA alors que l’organisation s’éloignait des membres-administrateurs pour privilégier les administrateurs-experts (à lire ici). Un changement requis, arguait-on, par la complexité accrue du commerce de détail et la concurrence croissante des Amazon de ce monde. Par la suite sont venus la restriction des droits des membres avec la modification des règles entourant leurs propositions en assemblée générale, puis le manque de transparence en matière de reddition de comptes.

En parallèle, la stratégie de diversification adoptée par MEC et la baisse de qualité des produits n’ont pas plu aux membres de la première heure. Adeptes de plein air, ceux-ci ne se sont pas reconnus dans l’ajout de produits comme les BBQ et les valises à roulettes…

Graduellement, les dirigeants de la coopérative se sont éloignés de leur base. L’entreprise répondait de moins en moins aux besoins des membres. La proximité de la coopérative et de ses usagers, qui constitue habituellement un avantage du modèle coopératif, s’en est trouvée fortement diminuée.

Tous les ingrédients étaient réunis pour mener MEC à la démutualisation: un contexte économique difficile, un environnement d’affaires de plus en plus concurrentiel et l’érosion de la vitalité associative et démocratique.

 

La mobilisation des membres: trop peu, trop tard

En dépit de cela, la mobilisation qui a suivi l’annonce d’un processus d’achat de MEC est impressionnante. Un noyau de membres a réussi en moins de dix jours à mettre en place une structure crédible visant à faire valoir les intérêts des membres. Les bénévoles du groupe « Save MEC/Sauvons MEC » ont mené de front les batailles médiatiques, financières et judiciaires visant à faire reconnaître le droit des membres-propriétaires à proposer un plan de relance afin d’éviter la vente et la démutualisation de la coopérative.

Ils n’ont pas réussi à faire pencher la balance en leur faveur. Toutefois, cette vive réaction des membres est à tout le moins un indice que la « fibre coopérative » est encore bien vivante au Canada. Elle est également un rappel qu’une coopérative est certes une entreprise, mais pas une entreprise « comme les autres ».

Si la nouvelle organisation souhaite demeurer au Canada, elle aura fort à faire pour gagner la confiance des consommateurs. Si on se fie aux réactions des membres de MEC, c’est désormais ailleurs qu’ils iront s’approvisionner en équipements de plein air !

 

Ce billet est rédigé par Sophie-Emmanuelle Chebin, présidente d’Arsenal conseils en collaboration avec Myriam Michaud, spécialiste de la gouvernance coopérative et candidate au doctorat à la FSA de l’Université Laval.

Sophie-Emmanuelle et Myriam Michaud

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